Mon défi de la semaine 2!

Manger est une expérience hautement sensorielle. Ce devrait donc être un moyen simple et accessible de développer mon acuité sensitive.

Pourtant, manger en pleine conscience, c’est vraiment un défi pour moi. Je me suis même demandé si je n’allais pas me contenter de passer à un exercice pour sentir l’énergie et sécher celui-là. Carrément. Et puis, je me suis rappelé que les défis n’en sont pas quand ils sont trop simples. C’est pourquoi, chaque jour de la semaine, en commençant par aujourd’hui, je vais tenter d’être totalement présente lors de mes repas.

La chose la plus excitante que je vais faire aujourd’hui

L’histoire qui suit est extraite du livre « Le Tao de Pooh » de Benjamin Hoff.

« Pooh, lorsque tu te lèves le matin », dit enfin Porcinet, « quelle est la première chose que tu te dis? »
« Qu’y a-t-il pour le petit déjeuner? » répondit Pooh. « Et toi, Porcinet, que te dis-tu? »
« Je me dis, je me demande ce qu’il va arriver d’excitant aujourd’hui? » dit Porcinet.
Pooh inclina la tête pensivement.
« C’est la même chose, dit-il. »

Voilà, j’aspire à être comme Pooh. Manger représente une occasion sensorielle unique et extraordinaire, à laquelle je suis certaine d’accéder au moins 3 fois par jour. Est-ce ainsi que je la vis? Rarement.

L’expérience sensorielle du repas

Que ce soit lors d’un vrai repas ou d’une collation, manger est une « activité » courante qui fait appel à tous nos sens. Et encore, j’écris « activité » par déformation. L’utilisation de ce mot est significatif de la manière dont je considère mes repas, parce que c’est actuellement une chose que je « fais », alors que je souhaiterais la « vivre » davantage. En fait, il y a une autre expérience courante qui fait aussi appel à tous nos sens, mais, comme le chantait Georges Brassens, «rigoureusement ma mère m’a défendu de [la]nommer ici ».

Manger, donc, fait intervenir le goût, mais aussi l’odorat, la vue, l’audition et le toucher. Pour les 2 premiers, cela paraît évident. Dans notre société très visuelle, le 3e s’impose aussi. Apprécier la beauté de la composition de l’assiette est aussi important que goûter son contenu.

Tendre l’oreille à notre nourriture?

Pour l’audition, même si nous n’avons pas forcément besoin d’entendre pour nous sustenter, il n’en reste pas moins vrai que l’ambiance sonore qui entoure nos repas influe sur l’état dans lequel nous sommes au moment où nous sommes assis devant notre assiette. Les repas au cours desquels j’ai été le moins présente dans ma vie sont ceux où je me suis retrouvée dans un environnement bruyant (conversations, télévision, bruits divers). En même temps, il y a certains bruits caractéristiques de l’ingestion d’aliments qui contribuent aussi au plaisir de manger. Je pense à la pomme qui craque quand on croque dedans, ou au bruit sec du biscuit qui crépite dans la bouche, etc.

Augmenter les sensations tactiles pendant nos dîners?

Peut-on stimuler le toucher en mangeant? L’intervention de ce sens est évidente quand nous mangeons avec nos doigts. Il suffit de manger dans un restaurant éthiopien pour s’en apercevoir. Toutefois, l’utilisation des couverts est quand même généralisée. Pour autant, ne sommes-nous pas capable, avec notre bouche, de sentir les textures (mou, lisse, granuleux, liquide, épais, etc.) des aliments? En outre, les sensations de chaud, de froid, de brûlure sont aussi repérées dans la bouche. Et même, la sensation de brûlure qui se propage dans le nez après avoir pris de la moutarde forte ou les yeux qui piquent après avoir ingéré du piment, sont bien des sensations tactiles et non gustatives!

Bon, finalement, il y a beaucoup à dire sur l’intensité sensorielle à développer lors de nos repas. Voici donc trois trucs que je me propose d’expérimenter pour manger plus consciemment et donc, augmenter mes perceptions. Pour vous les présenter et les mettre en pratique, je me suis inspirée du livre « 52 façons d’appliquer la pleine conscience », de Jan Chozen Bays.

Truc numéro 1 : quand je mange, je ne fais que manger

En écrivant ce titre, je me suis souvenue d’anciennes collègues qui mangeaient en lisant un livre ou le journal, en attendant que d’autres se joignent à elles pour partager le repas. C’est sûrement symptomatique d’une société où la solitude est tellement présente pour tant de personnes, qu’elles préfèrent la compagnie de leur livre ou de leur tablette, plutôt que la leur. Je me revois moi-même en train de manger ma pomme au bureau sans lâcher mon écran des yeux. Ça c’est caractéristique de la croyance que ce qui se passe dans l’objet rectangulaire est plus important que l’activité de mes papilles et autres récepteurs sensoriels. Et je n’ai même pas parlé de l’addiction aux différents appareils électroniques qui colonisent la vie de beaucoup jusque dans leur assiette (pour ne pas dire leurs toilettes).

Cependant, dans ma vie actuelle, ma difficulté est d’un autre ordre. Étant membre d’une famille nombreuse depuis toujours (dans ma fratrie quand j’étais enfant, avec mes enfants et mon mari à l’âge adulte), j’ai rarement l’occasion de passer un repas seule. Ce dont je suis très reconnaissante, d’ailleurs. Du coup, il m’est difficile de ne pas faire d’autres choses que manger pendant mes repas, comme aller chercher une cuillère manquante, remplir une bouteille d’eau et surtout, participer à la conversation.

En même temps, je dis cela, mais il y a plein d’occasions où je suis seule pour manger ou boire (pour mes collations, quand je suis à l’école, quand je travaille, etc.)

C’est pourquoi je vais arrêter de me chercher des excuses et faire l’exercice suivant. Cette semaine, lorsque je vais manger ou boire, je ne vais rien faire d’autre. Je vais m’asseoir et prendre le temps de savourer ce que j’absorbe. Ensuite, je vais ouvrir tous mes sens. Alors, je vais me concentrer sur l’intensité sensorielle qui s’exprime par les couleurs, odeurs, textures. Aussi, je vais écouter les sons que je produis en mangeant et buvant (plutôt qu’en parlant!). Du coup, je vais choisir de parler ou de manger. Ah! Ah! Cela va être le plus difficile, sans doute.

Truc numéro 2 : manger une bouchée à la fois

Avez-vous remarqué que les merveilleux outils que sont vos mains ne s’arrêtent jamais, si vous n’y prenez garde? Pour ma part, j’ai noté que, souvent, je n’ai pas encore terminé de mastiquer ma bouchée précédente, que mes mains ont déjà découpé et piqué le morceau suivant, machinalement. Elles le présentent à mes lèvres. Je m’empresse alors d’avaler ce qui était dans ma bouche et d’introduire le morceau suivant. La cadence peut être plus ou moins rapide et c’est mon estomac qui en fait les frais.

La proposition est donc de poser ma fourchette et mon couteau après avoir pris une bouchée. De savourer la nourriture, la mâcher puis l’avaler. Encore une fois, de me concentrer sur l’expérience sensorielle. De ne pas reprendre mes couverts tant que l’opération n’est pas terminée. Si je mange un sandwich ou une collation, je les pose entre chaque bouchée. Cela implique d’être assise pour manger. Sinon, c’est que je n’ai pas bien intégré le truc numéro 1!

Truc numéro 3 : penser à ce que je mange

Avec cet exercice, pour chaque aliment ou boisson que je vais porter à ma bouche, je me propose de visiter son histoire. Je vais m’intéresser au chemin qu’il a parcouru et aux transformations qu’il a subies avant d’arriver à moi. En effet, de nombreuses personnes ont contribué à la production des mets que j’ingère. Certaines ont préparé la terre, semé, désherbé, arrosé, récolté. D’autres ont emballé, acheminé, disposé sur les étalages, etc. Par la suite, d’autres personnes ont acheté, transporté, préparé, cuisiné. Sans toutes ces personnes, je ne mangerais certainement pas, puisque, même si je les cuisine, je ne cultive pas moi-même mes aliments.

Par ailleurs, il m’arrive de considérer l’eau comme acquise. Pourtant le précieux liquide qui a servi à la cuisson ou juste à me désaltérer a été traitée avant d’arriver dans mon verre. Elle a aussi voyagé, puis je l’ai filtrée. Sans toutes les personnes qui sont intervenues pour qu’elle arrive pure dans mon verre, je ne boirais certainement pas, étant donné que je ne recueille pas l’eau de pluie.

En fait, contrairement aux deux autres, cet exercice ne participe pas directement à la stimulation sensorielle. Par contre, il permet de prendre conscience de ce que nous devons aux personnes qui ont mis leur énergie vitale au service de notre nourriture. Il met en évidence le fait que nous ne sommes pas isolés les uns des autres, mais bien que nous faisons partie d’un tout. Quand je fais cet exercice, je me sens reconnaissante envers toutes ces personnes et envers la Terre, qui produit inlassablement les ressources vitales qui sont nécessaires à notre survie. Finalement, je complète la liste de gratitudes qui me permet d’augmenter mon énergie vitale. 

Conclusion

Cette semaine, mon défi sera donc de développer plus de conscience sensorielle dans le fait de manger, mais aussi plus de conscience tout cours. J’espère que cela vous motivera à tenter l’expérience aussi, afin que nous nous encouragions mutuellement! Êtes-vous partant(e)? Si oui, indiquez-le dans les commentaires!

Bonus

Pour ajouter une note légère à ce défi, je partage cette vidéo produite par la BBC en 1957. Suite à sa diffusion, des gens avaient appelé la chaîne pour savoir comment cultiver leurs propres arbres à spaghettis. Fascinant, non?

Sources:

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7 commentaires

Lucie Auger · 24 novembre 2018 à 08:10

Merci beaucoup pour cet article.
Mangeant rapidement et beaucoup, manger en pleine conscience m’aiderera à retrouver le plaisir de manger ainsi que le sentiment de satiété.

    Isabelle Burcheri · 24 novembre 2018 à 16:55

    Bonjour Lucie!
    Oui, ce sont des effets auxquels on peut s’attendre! J’aimerais que tu me dises quel est pour toi l’exercice qui est le plus facile à pratiquer et si tu en ressens déjà les effets.
    Pour ma part, c’est le 2e jour que je pratique et je vis mes repas très différemment. Pour l’instant, l’exercice que j’arrive le mieux à mettre en pratique est celui de poser ses ustensiles entre chaque bouchée. Je ne peux pas encore dire que j’ai l’impression de développer mon acuité sensorielle. Par contre, je trouve que mes aliments ont plus de goût, je mange plus lentement et de moins grosses quantités et je me sens plus calme. Il faut dire que je partais de loin dans le domaine de la pleine conscience appliquée aux repas. Et toi, as-tu commencé?
    À bientôt!

Marie · 26 novembre 2018 à 04:47

Isabelle,
je viens de prendre connaissance de ton article et de ton commentaire sur mon blog secrets de nutritionniste. Je te souhaite de persévérer dans le “manger lentement” car il apporte vraiment beaucoup de bénéfices. Poser ses couverts est un très bon moyen de casser le rituel de manger .
Bon cheminement dans cette nouvelle et bonne habitude !
Marie

    Isabelle Burcheri · 26 novembre 2018 à 21:50

    Merci Marie!
    J’ai commencé mon défi il y a 3 jours maintenant (donc 9 repas et plusieurs collations!). Je commence à bien intégrer l’habitude de poser mes couverts (ou ma pomme, quand c’est une collation!). Du coup, quand je mange, je ne fais que manger, car j’ai remarqué qu’il est difficile de poser ses couverts ou sa pomme, quand on n’est pas assis pour manger!

    Finalement, comme je me pose, je prends aussi le temps de remercier toutes les personnes impliquées dans la préparation de mes repas. Et cela fait effet boule de neige, parce que les personnes qui partagent mes repas s’y sont mises aussi!
    Donc que du positif qui, j’espère, va perdurer.
    Isabelle

Nadine · 28 novembre 2018 à 08:57

Bonjour Isabelle et merci pour ce nouveau défi ! Je viens seulement de lire tes indications et donc pas encore commencé !
Cependant , en lisant ton blog , on se dit : ” mais oui , on devrait toujours manger de cette façon , en étant à l’ écoute de notre ressenti !!! ” sauf que le mettre en pratique ne doit pas être si évident !! Je vais commencer et te ferai part de ce que je ressens en mangeant de cette façon . Ce ne doit pas être facile de changer X années d’ habitudes alimentaires !!!
A bientôt !

    Isabelle Burcheri · 28 novembre 2018 à 22:07

    Bonjour Nadine!
    J’ai hâte que tu me dises si tu as réussi à démarrer cette nouvelle expérience. Si oui, y a t’il un truc qui fonctionne mieux pour toi qu’un autre?

    En tout cas, pour moi, ce n’est pas facile. Au départ, mon égo était un peu déçu: “je pratique la méditation depuis presque 5 ans quand même!” Il y a des domaines où les conditionnements sont très forts, et celui de l’assiette en est un pour moi…Depuis que j’ai commencé mon défi il y a 6 jours, soit 18 repas et environ 8 collations, je dirais que j’ai réussi 17 fois à ne faire que manger. 15 fois à poser mes couverts ou ce que j’étais en train de manger. 10 fois à être reconnaissante pour les personnes impliquées dans l’histoire de mon repas. Et pourtant, dans tout cela, il y a je crois seulement 5 fois où j’étais pleinement présente à mon corps et ma nourriture tout au long du repas! En tout cas, c’est certain que cela me permet au moins de prendre conscience de mes mes difficultés et de les accueillir, en toute humilité.

    Toutes les expériences sont des occasions d’apprentissage!
    Isabelle

Par où commencer? - Les clefs du Ki · 20 décembre 2018 à 23:06

[…] que je ne vous apprends rien avec l’assertion qui suit. Les aliments que nous ingérons et la façon dont nous les consommons peuvent augmenter ou, au contraire, faire diminuer, notre énergie […]

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