Voilà. Dernière semaine à Montréal et première semaine en France, une transition pour parler d’accueil.

En effet, nous sommes accueillis dans nos familles, comme les exilés très chanceux que nous sommes. Avec plein de projets à venir et pas de domicile fixe. C’est à la fois déstabilisant, parce que je n’ai plus de repaires et rassurant, parce que je suis hébergée par des personnes chaleureuses, qui se préoccupent de mon bien-être (et de celui du reste de ma famille, en passant).

Cette situation me conduit à parler de l’accueil de soi. Un exercice que j’ai – ô combien – pratiqué cette année.

Qu’est-ce que l’accueil?

Quand je parle d’accueil, en matière d’énergie, je ne parle pas du fait d’être accueillie par la famille ou les amis, quand je suis en visite ou en voyage. Même si ce n’est pas bien différent.

Ici, il s’agit plutôt du fait de s’accueillir soi-même, dans ses émotions (qui sont de l’énergie en mouvement, vous vous souvenez?), sa vulnérabilité, sa fragilité…ou sa joie.

S’accueillir soi-même?

J’ai la croyance que nous ne sommes pas une seule entité unique, un « Je » global avec des qualités et des défauts prédéfinis. Selon moi, notre « Je » est constitué d’une multitudes de parties qui composent ensemble à chaque instant. Parfois, cela se passe bien. Dans ces moments-là, toutes les parties – telles des abeilles dans une ruche – vivent et travaillent en harmonie. Par conséquent, cela crée une circulation d’énergie fluide à l’intérieur de nous. Nous nous sentons en paix.

Travailler ensemble pour le bien collectif. Image par PollyDot de Pixabay

Quand rien de va plus

Par contre, plus souvent qu’autrement, cela ressemble davantage à un jardin d’enfants ou les unes tentent de piquer les jouets des autres. Ça se tiraille, ça chahute, ça crie là-dedans et c’est le plus fort qui l’emporte. Mais la loi du plus fort, dans un corps, cela se manifeste par des blocages énergétiques, des tensions ici ou là. En plus, ces tensions sont souvent accompagnées d’expressions d’auto-culpabilisation, du style : « je suis vraiment nul(le) », « je n’aurais jamais dû dire cela » etc. Dans ces cas-là, nous sommes bien loin de l’harmonie.

Le combat intérieur nous fait parfois devenir chèvres – Image par Peter Dargatz de Pixabay

La tendance

Le plus souvent, la tendance que j’ai observée chez moi ou chez d’autres, est d’écouter la partie qui crie le plus fort au détriment de celle qui se fait toute petite. Et même, de taire carrément les parties les plus discrètes. Or, ces parties-là sont nécessaires aussi à notre écosystème, c’est important de leur donner voix au chapitre. D’autant que, souvent, elles correspondent davantage à notre sagesse intérieure. En effet, les voix qui crient le plus forts appartiennent plutôt aux réflexes conditionnés. C’est-à-dire qu’elles sont des habitudes de réagir que nous avons développées, mais qui ne nous sont pas forcément bénéfiques.

Accueil de soi, d’accord, mais comment faire?

S’accueillir, c’est écouter toutes nos parties. Celles qui crient fort et celles qui « se tassent ». Reconnaître que toutes ces parties ont leur place en nous et qu’elles ont quelque chose à nous dire. En effet, quand on parle d’accueil, on n’essaie pas d’être la personne la plus parfaite, qui ne vit que des choses positives, qui ne dit pas un mot plus haut que l’autre. En résumé, s’accueillir c’est encore ouvrir les bras à l’enfant que nous avons été, inconditionnellement, sans tenter de le faire entrer dans un moule quelconque. Enfin, ce qui est vraiment “cool’ dans l’accueil, c’est que l’on accepte que cohabitent en nous les personnages les plus charmants et les plus vils de la littérature…ou du cinéma. Sans jugement.

Embrasser notre monde intérieur – Image par mrcolo de Pixabay

Je vous ai perdus?

Imaginons que vous soyez en voiture. C’est un lieu où se révèlent souvent nos côtés sombres. Vous êtes arrêté(e) à un feu. Celui-ci passe au vert. Vous êtes en train de démarrer quand soudain! …(suspense insoutenable) …un piéton, plongé dans l’écran de son téléphone, traverse tranquillement devant votre pare-choc, sans se soucier du fait que vous auriez pu l’écrabouiller en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Les automobilistes à l’arrêt derrière vous klaxonnent aussi parce qu’ils n’ont pas vu pourquoi vous ne redémarriez pas ou parce qu’ils pensent que les piétons n’ont pas leur place sur la chaussée.

À ce moment-là, la partie la plus primitive de votre cerveau prend les commandes. Et là, vous faites ce que font la plupart des automobilistes : vous fulminez, vous klaxonnez et, pourquoi pas, vous insultez le quidam (il l’a bien mérité, non?) puis les gens qui vous klaxonnent.

Bon, j’admets, vous n’êtes peut-être  pas comme la plupart des automobilistes. Peut-être gardez-vous un calme olympien, soit parce que vous méditez en conduisant (ce qui n’est pas recommandé), soit parce que vous fumez du cannabis en conduisant (pas recommandé non plus), ou encore parce que vous regardez vous-même votre téléphone quand vous êtes arrêté à un feu (carrément pas recommandé).

Bref. Quelle que soit votre réaction, il se peut que vous deviez ensuite affronter un enchaînement de réactions consécutives à cette situation.

Accueil du flot de réactions

Habituellement, ce genre de situation s’ensuit de bouffées de chaleur, de rougeur au visage, d’une main levée ou autre geste spontané explicite, puis d’un mal de gorge pour avoir trop crié. Ensuite, la bataille se livre avec vous-même dans l’habitacle parce que vous avez fini par redémarrer. (Le piéton concentré a traversé depuis longtemps et vous avez roulé). Si vous n’avez jamais pratiqué l’accueil, il y a de fortes chances qu’une de vos parties enfile une robe d’avocat et vous serve toutes les bonnes raisons que vous aviez de réagir comme vous l’avez fait. Mais souvent, même si elle vous répète des justifications fort recevables, vous vous sentez mal. Pourquoi? Parce qu’il n’y avait peut-être pas lieu de vous mettre dans tous vos états.

Peut-être que l’exemple de la voiture ne s’y prête pas, mais il y a nombre de situations, comme quand on crie après ses enfants, par exemple, où l’intensité de la réaction est disproportionnée par rapport à l’événement lui-même. Malheureusement aussi, dans le cas d’une interaction avec un enfant ou tout autre interlocuteur, notre réaction peut avoir des effets néfastes sur la personne qui la reçoit, parfois à long terme.

Réagir en rugissant : la colère a des effets sur les autres – Image par Giacomo Zanni de Pixabay

Le temps d’arrêt nécessaire à l’accueil

C’est pourquoi, au moment où un événement de ce type se produit, il est important de faire une pause. Parfois, vous serez capable de marquer un temps d’arrêt avant de réagir. Alors, vous prendrez quelques bonnes respirations, vous vous calmerez et vous pourrez observer ce qui se passe en vous. Observer ce qui se passe signifie accepter que la personne en face de vous a fait quelque chose qui a déclenché votre émotion, mais qu’elle n’est pas la cause de votre colère. En effet, à l’origine de votre émotion, il y a un besoin non comblé. Or, ce n’est pas à l’autre de le combler. Car c’est vous qui avez la solution. Bien souvent, la solution consiste à écouter ce qui se passe en vous de manière bienveillante, quitte à parler à voix haute ou à écrire pour vous apaiser.

Un exemple d’écoute de soi

Par exemple, voici ce que vous pouvez énoncer : « quand un piéton traverse alors que c’est mon tour de passer, je vis une colère intense. Quelque chose en moi serait prête à sortir de la voiture pour étrangler cet inconscient, le taper, lui crier dessus. Je ressens cette colère dans mon visage et dans mes bras. Paradoxalement (parce que j’ai envie de lui taper dessus), je constate que c’est mon besoin de sécurité qui n’est pas comblé. Mais aussi mon besoin d’intégrité (je ne veux pas commettre une faute qui aurait été consécutive à l’imprudence de quelqu’un d’autre).

En même temps, quelque chose en moi est inconfortable avec ce type de réaction. Parce qu’une autre partie aspire à la paix et voudrait être capable de le prévenir du danger sans perdre son calme. Je ressens cet inconfort entre mes omoplates. Ici, c’est mon besoin de paix qui n’est pas comblé»

Le fait d’écouter ce qui se passe en vous et où cela se situe dans votre corps va permettre aux émotions de se mettre en mouvement, ce pour quoi elles sont faites. Ainsi vous ne vivrez pas avec leur souvenir. Donc, vous ne ressasserez pas sans cesse ce qui s’est passé. Alors, l’énergie pourra circuler librement dans votre corps.

L’exemple des canards

Récemment, je me suis souvenue d’un exemple qu’Eckhart Tollé donne dans le « Pouvoir du moment présent ». Il explique que lorsque deux canards se battent, la bataille peut être très violente. Coups de becs et d’ailes, c’est à celui qui arrachera le plus de plumes à l’autre. Par contre, une fois le conflit terminé, les deux protagonistes se secouent vigoureusement les ailes pour effacer toute trace du conflit. Puis chacun s’éloigne tranquillement de l’autre en nageant paisiblement.

Imaginez, nous fait remarquer l’auteur, que nous, humains, ayons cette capacité? Nous ne serions pas en train de rejouer encore et encore la bataille, en nous flagellant pour ce que nous avons ou pas dit ou fait. Notre vie serait tellement plus simple!

Et bien, l’accueil, permet de nous simplifier la vie et de nous débarrasser des remords et des regrets. Ensuite, nous en venons à observer calmement que la situation s’est passée de telle manière parce que nous avions quelque chose à apprendre. Finalement, c’est une opportunité de plus de grandir.

Se libérer de ses émotions en se secouant les plumes

Que faire si vous ne vous êtes pas arrêté à temps?

Par contre, souvent, notre réaction est très rapide et nous ne pensons pas à respirer avant. Encore moins à nous demander quelle serait la manière la plus saine de réagir.

Eh bien, ce n’est pas grave, nous sommes sur cette terre pour apprendre de nos erreurs! Donc, si vous n’êtes pas capable de le faire avant de réagir, prenez une pause le plus tôt possible après l’événement. Quelques minutes suffisent pour faire le point et écouter ce qui se passe en vous. Il est important d’écouter tout ce qui se passe en vous, comme je l’ai dit plus haut. Donnez la parole à l’avocat de la défense et à celui de l’accusation. Toutefois, restez impartial(e). Personne n’a tord ou raison. Il s’agit simplement d’observer comment vous réagissez, pour pouvoir peu à peu, à force de pratique, changer ce conditionnement réflexe en une action réfléchie. En outre, si vos mots et vos gestes ont dépassé votre pensée, n’oubliez pas de vous pardonner d’avoir agi de la sorte. Aussi, si une autre personne a fait les frais de votre excès de colère, pensez à lui présenter vos excuses. En particulier si c’est un enfant.

En effet, cela lui permettra de constater que :

  • Les adultes aussi font des erreurs.
  • Se tromper n’est jamais irréparable.
  • Votre interlocuteur(-trice) n’est pas responsable de ce qui s’est passé et il (elle) n’aura pas à développer un réflexe conditionné à son tour pour survivre à cette situation.

L’accueil, ça vous parle?

Avez-vous déjà pratiqué l’accueil? De quelle manière? Que faites-vous quand vous vivez un moment émotionnel intense? Indiquez-le dans les commentaires!

Sources

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4 commentaires

Claire Parr · 28 juin 2019 à 15:28

Merci pour cet article précieux. Il arrive à point, un moment difficile où je dois m’accueillir pour mieux avancer. Encore merci!!

    Isabelle Burcheri · 28 juin 2019 à 15:56

    Bonjour Claire,
    Je serai heureuse si cet article t’aide et je te souhaite bon courage dans ce passage difficile!
    Isabelle

Lynfit · 1 juillet 2019 à 02:41

Ton article me parle beaucoup car je pratiquais l’accueil sans le savoir lors de la méditation. Le principe est de constater les émotions qui nous traversent, de les reconnaître, de les accepter et elles deviennent alors moins fortes. Dans l’exemple de la colère, s’asseoir quelques instants, respirer et se dire que oui, nous sommes en colère, nous en avons le droit, la colère se manifeste de telle façon, j’en suis consciente, je ne la fuis pas, au contraire, je l’accepte et elle passe… tout simplement 🙂

    Isabelle Burcheri · 5 juillet 2019 à 09:59

    Tout à fait! En fait, c’est exactement comme cela que je procède…pour moi, mais aussi quand j’écoute activement quelqu’un. Le fait de s’accepter ou d’accepter la personne dans ce qu’elle vit, sans jugement, juste en reconnaissant la présence de l’émotion, permet à cette dernière de circuler. C’est tellement simple, mais nous l’avons rarement appris comme cela! C’est un entraînement quotidien!

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